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Actualités & analyses

Chaque sol est différent. La saisie des données doit-elle l’être aussi ?

9 oct. 2026 5 min de lecture

Une étude des sols n’est jamais totalement prévisible.


À un endroit, un technicien peut retrouver exactement ce qui était attendu et, quelques mètres plus loin, tomber sur une couche atypique, un élément inattendu ou un obstacle. Dans ce type de situation, ses observations complémentaires deviennent importantes, par exemple lorsqu’un sondage doit être déplacé ou ne peut pas être poursuivi.

C’est aussi ce qui rend la standardisation des données de terrain délicate. La pratique française des SSP s’appuie sur des méthodes et des cadres clairs, alors que la réalité du terrain ne se laisse pas toujours prévoir à l’avance. Trop enfermer la saisie dans des choix prédéfinis peut empêcher de décrire correctement une situation particulière. Mais une liberté totale pose un autre problème : deux techniciens peuvent enregistrer différemment la même observation, ce qui fait apparaître deux valeurs différentes dans les données.

Une même observation lors d’une étude de sols, trois valeurs différentes.

Prenons trois techniciens qui observent la même eau et la considèrent comme limpide.

Le premier saisit « limpide »,

Un autre enregistre
 « transparente »,

et le troisième « turbidité 0 ».

Aucune différence sur le fond, mais des données différentes.

Lorsqu’un chargé d’études compare ensuite les observations de plusieurs techniciens ou de plusieurs projets, il doit pouvoir identifier que ces trois valeurs ont la même signification. Sinon, une différence de vocabulaire peut être interprétée comme une différence d’observation.

Cela devient particulièrement important lors d’investigations complémentaires ou de campagnes de suivi. Il faut alors pouvoir déterminer si la situation a réellement évolué dans le temps. Le même besoin existe lorsqu’on compare plusieurs sondages ou différentes couches de sol, par exemple pour suivre dans quelle couche une pollution est retrouvée. Si une même situation est décrite différemment à chaque intervention, la comparaison devient inutilement complexe.

Une manière commune d’enregistrer les données permet donc de faire en sorte que les différences visibles dans les données correspondent réellement à des différences observées sur le terrain, et pas simplement au vocabulaire choisi par la personne qui les a saisies.

Tout ne rentre pas dans une liste de choix

Cela ne signifie pas que chaque réponse doit être prévue à l’avance dans une liste de choix.

Il existe une différence entre les informations qui doivent être enregistrées de manière univoque et celles qui servent justement à décrire une situation particulière.

Un statut ou une observation fréquente peut très bien être enregistré selon des règles communes. Pour un sondage déplacé, la situation est différente. Le fait qu’il ait été déplacé est facile à enregistrer. La raison du déplacement peut, elle, être importante pour la personne qui analysera ensuite l’étude.

Il en va de même pour une inclusion ou un élément inattendu dans le sol. Si l’observation ne correspond à aucune des catégories disponibles, le technicien doit pouvoir décrire ce qu’il a réellement constaté. Choisir simplement la catégorie qui s’en rapproche le plus produit des données bien structurées, mais pas nécessairement une information plus juste.

C’est là que se situe la limite de la standardisation : les informations récurrentes doivent être enregistrées de la manière la plus univoque possible, mais une situation particulière doit aussi pouvoir être décrite comme telle.

Cadres communs et appréciation au cas par cas

En France et en Wallonie, la standardisation et le jugement professionnel s’articulent dans la pratique quotidienne des études de sols.

La série NF X31-620 fournit aux professionnels des sites et sols pollués un cadre commun pour différents types de prestations et en précise notamment les objectifs, le contenu et les livrables. La méthodologie nationale de gestion des SSP repose parallèlement sur une approche au cas par cas, au plus près de la situation réelle du site. Les prestations peuvent ainsi être adaptées à ses caractéristiques spécifiques.

En Wallonie, cette articulation est encore plus explicitement formulée. Le Code Wallon de Bonnes Pratiques (CWBP) vise à faire travailler les professionnels sur des bases uniformes, connues à l’avance, et à structurer les études de manière homogène. Il laisse toutefois une place claire au jugement professionnel de l’expert. Dans des situations particulières ou complexes, il est possible de s’écarter des lignes directrices, à condition de le justifier correctement et de préserver la qualité de l’information.

Un cadre commun et le jugement professionnel ne s’opposent donc pas. Les règles permettent aux différentes parties de travailler sur une même base, tandis que la situation rencontrée détermine les choix techniques à effectuer.

Le numérique rend les écarts de saisie plus visibles

Sur papier, un collègue expérimenté peut souvent comprendre grâce au contexte que « limpide » et « claire » décrivent ici la même chose.

Dans une base de données, cette équivalence ne va pas de soi. Sans règle de correspondance, il s’agit de deux valeurs différentes. Cela devient visible dès que l’on souhaite filtrer les données, combiner les résultats de plusieurs projets, les utiliser dans un SIG ou échanger des informations entre différents systèmes.

La manière dont une observation est enregistrée sur le terrain influence donc directement ce qu’il sera possible de faire avec cette donnée par la suite.

Chez TerraIndex, cette question revient régulièrement lors du développement de la saisie numérique sur le terrain. Quelles informations doivent être enregistrées de manière suffisamment structurée pour pouvoir être comparées ou réutilisées ? Et dans quelles situations le technicien doit-il pouvoir ajouter du contexte parce que la réalité ne pouvait pas être prévue à l’avance ?

Multiplier les listes de choix n’est donc pas automatiquement la solution. Il est plus important de déterminer quelles informations devront pouvoir être utilisées sans ambiguïté par la suite et où le contexte doit rester disponible. Chez TerraIndex, nous échangeons régulièrement sur ce type de choix avec des techniciens de terrain et des chargés d’études. Leurs retours d’expérience sont pris en compte dans la manière dont nous faisons évoluer la saisie sur le terrain.

Pour en savoir plus sur ce que la digitalisation apporte à l’ensemble du processus d’étude des sols, consultez notre article sur la digitalisation des études des sols.

Une différence doit avoir un sens

Lorsque deux enregistrements diffèrent, cette différence doit pouvoir être interprétée comme le reflet d’une réalité observée, et non simplement comme deux manières différentes de décrire une même situation.

De même, une situation particulière doit pouvoir être enregistrée comme telle. Lorsqu’un standard impose de rattacher une observation à la catégorie disponible qui s’en rapproche le plus, une partie de l’information peut être perdue.

Une bonne standardisation doit donc permettre de limiter les écarts liés uniquement à la saisie, tout en préservant les différences qui existent réellement dans le sol ou dans les conditions de l’étude.

Comment l’enregistrement numérique fonctionne-t-il en pratique ?

Découvrez comment Antea Group a digitalisé son processus d’étude des sols et utilise des données structurées, disponibles au bureau dès leur saisie sur le terrain.